…je fais semblant, Léo…

25 janvier 2010
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Brassens : La femme c’est un être charmant quand elle s’en donne la peine, et pénible, sans s’en donner la peine;

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Brassens : L’amour est une chose difficile… D’ailleurs, vous le voyez bien, ça ne réussit pas tellement à la plupart des gens.

Brel : Mais il y a très peu de gens qui sont faits pour l’amour, très peu…

Brassens : Bien sûr. La plupart des gens, si on ne leur en avait pas parlé, ils n’y auraient même pas pensé !

Brel : C’est une invention de la littérature de la Renaissance, enfin…

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Brassens :  C’est difficile à expliquer, l’anarchie… Les anarchistes eux-mêmes ont du mal à l’expliquer. (…) C’est d’ailleurs ce qui est exaltant dans l’anarchie : c’est qu’il n’y a pas de véritable dogme. C’est une morale, une façon de concevoir la vie, je crois…

Brel :  …Et qui accorde une priorité à l’individu !

Ferré: C’est une morale du refus. Car s’il n’y avait pas eu au long des millénaires quelques énergumènes pour dire non à certains moments, nous serions encore dans les arbres !

Brel :  Je suis entièrement d’accord avec ce que dit Léo. Cela dit, il y a des gens qui ne se sentent pas seuls ni inadaptés et qui trouvent leur salut collectivement.

Brassens :  Bien sûr. En ce qui me concerne, je ne désapprouve jamais rien, les gens font à peu près ce qu’ils veulent. Je suis d’accord ou je ne suis pas d’accord, c’est tout. Parce que j’avais dit ça, on m’a souvent reproché de ne pas vouloir refaire la société. C’est que je ne m’en sens pas capable. Si j’avais des solutions collectives…

Brel :  Mais qui, qui a la solution collective ?

Brassens : Il y en a qui prétendent l’avoir. Mais dans le monde actuel, il n’y en a pas beaucoup qui semblent la détenir… Moi, je ne sais pas ce qu’il faut faire. Si je le savais, si j’étais persuadé qu’en tournant à droite ou à gauche, en faisant ceci ou cela, le monde allait changer, je la sacrifierais ma petite tranquillité ! Mais je n’y crois pas tellement…

- Léo Ferré ?

Ferré: Moi je suis moins lyrique que lui…

Brassens :  …Toi, Léo, tu es complètement désespéré !

Brel :  Il y a un phénomène d’impuissance aussi, qui est absolument affreux, quoi…

- Vous avez donc vraiment l’impression de ne rien pouvoir faire ?

Brassens :  Non, je fais quelque chose auprès de mes voisins, de mes amis, dans mes petites limites. Je pense d’ailleurs que c’est aussi valable que si je militais quelque part… Ne pas crier haro sur le baudet, c’est une forme d’engagement comme une autre.

Ferré: Je trouve que Georges, dans son cœur, il milite bien plus que moi. Parce que moi, je ne crois plus en bien des choses auxquelles il veut croire.

Brassens :  Je fais semblant, Léo. Je fais comme lorsque l’amour s’en va. Je fais semblant d’y croire, et ça le fait durer un petit peu…

Ferré: Non, non. Quand l’amour s’en va, il est déjà parti depuis longtemps.

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Brassens, Brel, Ferré ou l’interview,  Café de la gare,

mis en scène par Aurore Ly,

25 janvier 2010


…quelques fois ils leur pardonnent…

19 janvier 2010

les enfants commencent par aimer leurs parents; devenus grands il les jugent; quelques fois ils leur pardonnent.


Oscar Wilde, Le portrait de Dorian Gray


…à cause du court espace de la vie…

16 janvier 2010

si l’homme était forcé de se prouver à lui-même toutes les vérités dont il se sert chaque jour, il n’en finirait point ; il s’épuiserait en démonstrations préliminaires sans avancer ; comme il n’a pas le temps, à cause du court espace de la vie, ni la faculté, à cause des bornes de son esprit, d’en agir ainsi, il en est réduit à tenir pour assurés une foule de faits et d’opinions qu’il n’a pas eu ni le loisir ni le pouvoir d’examiner et de vérifier par lui-même, mais que de plus habiles ont trouvés ou que la foule adopte. C’est sur ce premier fondement qu’il élève lui-même l’édifice de ses propres pensées. Ce n’est pas sa volonté qui l’amène à procéder de cette manière ; la loi inflexible de sa condition l’y contraint.


De Tocqueville, De la démocratie en Amérique, 1840.



…prolonger ma vie…

10 janvier 2010


Je ne perdrai pas mes jours à essayer de prolonger ma vie. Je veux brûler tout mon temps.

Jack London


…nous n’avons pas encore eu de mort…

9 janvier 2010


Ce n’est que lorsqu’il commença à démonter la porte de son cabinet qu’Ursula se risqua à lui en demander la raison, et il lui répondit avec une amertume qui n’était pas feinte: « puisque personne ne veut partir, nous irons tout seuls. » Ursula ne s’émut pas pour autant.

- Nous ne nous en irons pas, dit-elle. Nous resterons ici parce que c’est ici que nous avons eu un enfant.

- Nous n’avons pas encore eu de mort, répliqua-t-il. On n’est de nulle part tant qu’on n’a pas un mort dessous la terre.


Gabriel Garcia Marquez, Cent ans de solitude.


…Raoul…

26 décembre 2009

Le monde et les tribulations de Raoul et de quelques autres dans sa tête.

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Raoul, de James Thierrée

Théâtre de la Ville, 26 décembre 2009


…l’avare…

25 décembre 2009

- Ah ! L’odieux vieillard ! Donner est un mot pour qui il a tant d’aversion qu’il ne dit jamais : ‘Je vous donne’ mais : ‘Je vous prête le bonjour.’

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Podalydes et ses jambes atypiques font sautiller l’avare // petite mise en scène mais joli moment à l’orchestre de la Comédie.//. Maître Jacques (Jérôme Pouly), La Flèche (Pierre Louis-Calixte) et Valère (Stéphane Varupenne).

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L’avare de Molière

mis en scène par Catherine Hiegel

La Comédie française, 25 décembre 2009


…puits du geai…

24 décembre 2009

Puits du geai, décembre 2009


…le chemin solitaire…

9 décembre 2009


« je n’éprouvais aucun remords, je ne regrettais rien. J’étais seulement ivre de liberté », Arthur Schnitzler

Les S[top] T[hinking] A[bout] N[ames], que j’avais déjà vu impressionnants dans My diner with André, m’offrent ici un texte magnifique et une mise en scène ingénieuse et géniale dans laquelle les comédiens, géniaux, échangent leurs personnages. on sait pourtant où on en est, qui est qui, sans efforts..jusqu’au coup de maître, mais modeste et c’est ce qui apporte l’enthousiasme, de l’échange père-fils.

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Le chemin solitaire, d’Arthur Schnitzler, mis en scène par les STAN,

théâtre de la Bastille, 9 décembre 2009



…comme un qui n’a fait que danser…

29 novembre 2009

comme il a vite entre les doigts passé

le sable de jeunesse

je suis comme un qui n’a fait que danser

surpris que le jour naisse

j’ai gaspillé je ne sais trop comment la saison de ma force

la vie est là qui trouve un autre amant

et d’avec moi divorce

rien n’est plus amer à qui t’en prends-tu

plus commun plus facile

que perdre son temps et le temps est perdu

pourquoi t’en souvient-il

le hasard fait que j’y pense parfois

et toujours je m’étonne

ainsi je fus ainsi j’ai vécu moi

ce printemps monotone

on n’en peut compter rien d’intéressant

malgré ses airs baroques

et je n’ai jamais été qu’un passant

embourbé dans l’époque

de loin tout ça paraît aventureux

saoulant blasphématoire

les nouveaux venus en parlent entre eux

on en fait des histoires

vous du moins dit-on vous aurez bien ri

entre les draps du drâme

sûr cela valait d’y mettre le prix

fût-ce le corps et l’âme

vous aurez été libres de rêver

libres comme l’injure

mais vous regardez nos pieds entravés

avoir raison c’est dur

ils rêvent pourtant ces fils d’aujourd’hui

où toute chose est claire

et s’ils ont regret c’est de notre nuit

et de notre colère

ah le beau plaisir que lire aux bougies

des choses éternelles

ils voudraient troquer l’idéologie

pour l’irrationnel

ne voyez-vous pas malheureux enfants

que tout ce que nous fûmes

se dresse devant vous et vous défend

le seuil mauvais des brumes

ce que nous étions nous l’avons payé

plus qu’on ne l’imagine

et regardez ceux qui vous ont foudroyés

sans coeur dans la poitrine

mais qu’espéraient-ils et que ne vient pas

quels astres quelles fêtes

de qui croyez-vous ces traces de pas

des hommes ou des bêtes

ils s’imaginaient d’autres horizons

d’autres airs de musique

et vous vous plaigniez vous d’avoir raison

sur leur métaphysique

moi j’ai tout donné que vous sachiez mieux

la route qu’il faut prendre

voilà que vous faîtes la moue aux cieux

et vous couvrez de cendres

moi j’ai tout donné mes illusions

et ma vie et mes hontes

pour vous épargnez la dérision

de n’être au bout du compte

que ce qu’à la fin nous aurons été

à chérir notre mal

le papier jauni des lettres jetées

au grenier dans la malle



Aragon, Le roman inachevé