…comme un qui n’a fait que danser…

29 novembre 2009

comme il a vite entre les doigts passé

le sable de jeunesse

je suis comme un qui n’a fait que danser

surpris que le jour naisse

j’ai gaspillé je ne sais trop comment la saison de ma force

la vie est là qui trouve un autre amant

et d’avec moi divorce

rien n’est plus amer à qui t’en prends-tu

plus commun plus facile

que perdre son temps et le temps est perdu

pourquoi t’en souvient-il

le hasard fait que j’y pense parfois

et toujours je m’étonne

ainsi je fus ainsi j’ai vécu moi

ce printemps monotone

on n’en peut compter rien d’intéressant

malgré ses airs baroques

et je n’ai jamais été qu’un passant

embourbé dans l’époque

de loin tout ça paraît aventureux

saoulant blasphématoire

les nouveaux venus en parlent entre eux

on en fait des histoires

vous du moins dit-on vous aurez bien ri

entre les draps du drâme

sûr cela valait d’y mettre le prix

fût-ce le corps et l’âme

vous aurez été libres de rêver

libres comme l’injure

mais vous regardez nos pieds entravés

avoir raison c’est dur

ils rêvent pourtant ces fils d’aujourd’hui

où toute chose est claire

et s’ils ont regret c’est de notre nuit

et de notre colère

ah le beau plaisir que lire aux bougies

des choses éternelles

ils voudraient troquer l’idéologie

pour l’irrationnel

ne voyez-vous pas malheureux enfants

que tout ce que nous fûmes

se dresse devant vous et vous défend

le seuil mauvais des brumes

ce que nous étions nous l’avons payé

plus qu’on ne l’imagine

et regardez ceux qui vous ont foudroyés

sans coeur dans la poitrine

mais qu’espéraient-ils et que ne vient pas

quels astres quelles fêtes

de qui croyez-vous ces traces de pas

des hommes ou des bêtes

ils s’imaginaient d’autres horizons

d’autres airs de musique

et vous vous plaigniez vous d’avoir raison

sur leur métaphysique

moi j’ai tout donné que vous sachiez mieux

la route qu’il faut prendre

voilà que vous faîtes la moue aux cieux

et vous couvrez de cendres

moi j’ai tout donné mes illusions

et ma vie et mes hontes

pour vous épargnez la dérision

de n’être au bout du compte

que ce qu’à la fin nous aurons été

à chérir notre mal

le papier jauni des lettres jetées

au grenier dans la malle



Aragon, Le roman inachevé

…une liberté qui se prend à son jeu…

28 novembre 2009


Celui qui veut être aimé ne désire pas l’asservissement de l’être aimé. Il ne tient pas à devenir l’objet d’une passion débordante et mécanique. Il ne veut pas posséder un automatisme. [...]
Mais, d’autre part, il ne saurait se satisfaire de cette forme éminente de la liberté qu’est l’engagement libre et volontaire. Qui se contenterait d’un amour qui se donnerait comme pure fidélité à la foi jurée ? Qui donc accepterait de s’entendre dire : « Je vous aime parce que je me suis librement engagé à vous aimer et que je ne veux pas me dédire ; je vous aime par fidélité à moi-même. » ? Ainsi l’amant demande le serment et s’irrite du serment. Il veut être aimé par une liberté et réclame que cette liberté comme liberté ne soit plus libre. Il veut à la fois que la liberté de l’Autre se détermine elle-même à devenir amour — et cela, non point seulement au commencement de l’aventure mais à chaque instant — et, à la fois, que cette liberté soit captivée
par elle-même, qu’elle se retourne sur elle-même, comme dans la folie, comme dans le rêve, pour vouloir sa captivité. Et cette captivité doit être démission libre et enchaînée à la fois entre nos mains. Ce n’est pas le déterminisme passionnel que nous désirons chez autrui, dans l’amour, ni une liberté hors d’atteinte mais c’est une liberté qui joue le déterminisme passionnel et qui se prend à son jeu.

Sartre, L’Etre et le Néant


…ne croiser pendant des heures personne…

26 novembre 2009

une seule chose est nécessaire: la solitude. la grande solitude intérieure. Aller en soi-même et ne croiser pendant des heures personne, c’est à cela qu’il faut parvenir. Être seul, comme l’enfant est seul…


Rainer Maria Rilke, Lettre à un jeune poète


…l’atelier du peintre…

22 novembre 2009

Crédit photo: Anthony Voisin, 2009

Cirque Plume

L’atelier du peintre

La Vilette, hiver 2009


…compris grand chose…

19 novembre 2009

Malgré Moi

Embauché malgré moi dans l’usine à idées
J’ai refuser de pointer
Mobilisé de même dans l’armée des idées
J’ai déserté
Je n’ai jamais compris grand-chose
Il n’y a jamais grand chose
Ni petite chose
Il y a autre chose.

Autre chose
C’est ce que j’aime qui me plaît
Et que je fais.


Prévert


…les tâches des rousseur…

16 novembre 2009

je déteste mon passé et celui des autres. Je déteste la résignation, la patience, l’héroïsme professionnel et tous les beaux sentiments obligatoires.

Je déteste aussi les arts décoratifs, le folklore, la publicité, la voix des speakers, l’aérodynamisme, les boyscouts, l’odeur du naphte, l’actualité et les gens saouls.

j’aime l’humour subversif, les tâches de rousseur, les genoux, les longs cheveux des femmes, les rêves des jeunes enfants en liberté, une jeune fille courant dans la rue.

je souhaite l’amour vivant, l’impossible et le chimérique. Je redoute de connaître exactement mes limites.


Magritte.


…de terres nouvelles…

2 novembre 2009

on ne découvre pas de terres nouvelles sans consentir à perdre de vue tout rivage


André Gide


…être à soi…

18 octobre 2009

la plus grande chose au monde est de savoir être à soi


Montaigne, Les Essais.



…une confusion totale…

16 octobre 2009

Marianne. –  Tu crois que nous vivons dans une confusion totale?

Johan. – Toi et moi?

Marianne. – Non, nous tous.

Ingmar Bergman, Scènes de la vie conjugale


…nos pères ont menti…

11 octobre 2009

s’ils nous demandent pourquoi nous avons péri, dites leur que c’est parce que nos pères ont menti.


Kippling, Lettre à mon fils