surtout ne vous mentez pas à vous-même. Celui qui se ment à soi-même et écoute son propre mensonge va jusqu’à ne plus distinguer la vérité ni en soi ni autour de soi; il perd donc le respect de soi et des autres. Ne respectant personne, il cesse d’aimer, et pour s’occuper et se distraire, en l’absence d’amour, il s’adonne aux passions et aux grossières jouissances; il va jusqu’à dans la bestialité dans ses vices, et tout cela provient du mensonge continuel à soi-même et aux autres. Celui qui se ment à soi-même peut-être le premier à s’offenser. On éprouve parfois du plaisir à s’offenser, n’est-ce pas? Un individu sait que personne ne l’a offensé, mais qu’il s’est lui-même forgé une offense, noircissant à plaisir le tableau, qu’il s’est attaché à un mot et a fait d’un monticule une montagne – il le sait, pourtant, il est le premier à s’offenser, jusqu’à en éprouver une grande satisfaction; par la même il parvient à la véritable haine…
Fiodor Dostoïevski, Les frères Karamazov
Cette entrée a été publiée le Dimanche 4 octobre 2009 à 12:00 et est en lien avec dostoïevski. Vous pouvez suivre toutes les réponses à cet article à l'aide du flux RSS 2.0.
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