…mon manque d’ambition personnelle…

 

Une fois de plus, nous avions échoué dans notre lutte pour la liberté de l’esprit par un trop grand amour de notre propre liberté et de notre propre indépendance. 
Il  ne restait qu’un parti à prendre: travailler à son oeuvre dans le silence et la retraite. Pour les expressionnistes et – si je puis m’exprimer ainsi – pour les excessionnistes, on devait déjà me ranger, avec mes trente-six ans, dans la génération ancienne et, en fait, déjà défunte, parce que je me refusais à m’adapter à eux en les singeant. (…) Il s’agissait de recommencer et d’attendre que le flot impatient de tous ces « ismes » reculât, et mon manque d’ambition personnelle servit très bien cette volonté de m’accommoder de ma situation. (…) Le pays, le monde qui m’entouraient revenaient peu à peu à l’ordre, si bien qu’il ne m’était plus permis d’hésiter; le temps était passé où je pouvais me flatter de l’illusion que tout ce que j’entreprenais n’était que provisoire. J’avais atteint le milieu de ma vie, l’âge des simples promesses était révolu; il s’agissait maintenant de justifier les espoirs qu’on avait pu fonder sur moi, de m’affirmer ou de renoncer définitivement. 
                                                                                                                
        Le monde d’hier, souvenir d’un européen, Stefan Zweig
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