…l’oeil attentif à l’aubaine…

j’étais nourri et vêtu, j’avais ma chambre à moi. Je n’étais ni fessé ni battu, ne recevais ni coups de pied ni coups de poing, ni taloches sur les oreilles, et pourtant, si tolérable que fût ma situation, je ne m’étais jamais senti plus déprimé, plus rempli d’amertume et de fureur contenue.

Pendant les six premiers mois, je ne pensais qu’à m’enfuir. J’étais un enfant des villes, né avec le jazz dans le sang, un gamin des rues, l’oeil attentif à l’aubaine, et j’aimais le brouhaha des foules, les grincements des trolley-bus, la pulsation des néons, la puanteur du whisky de contrebande suintant dans les rigoles. J’étais un loustic au pied léger, un scatman miniature à la langue bien pendue, aux multiples facettes, et je me retrouvais planté au milieu de nulle part, sous des cieux qui ne jouaient que sur le temps – presque toujours mauvais.


Paul Auster, Mr. Vertigo


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