…elle n’avait rien inventé…

.
elle cherchait le vent
la houle grise qui grise qui transportait les âmes
elle tenait sa cigarette entre ses lèvres serrées
et roulait des yeux dans la lumière
elle buvait des verres, des oiseaux sans raisons
elle mourait verticale, le long des étoiles
n’avait rien inventé et s’en foutait pas mal
..

Nuje Moch

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4 commentaires pour …elle n’avait rien inventé…

  1. Pauline dit :

    qui est-ce ??? c’est bô…

  2. ouplala dit :

    une inconnue, la fille de copains de mes parents, ça fait un moment que ça traînait dans mes carnets..

  3. Druide dit :

    – Qu’est-ce que tu en penses ? demanda-t-il au Pilote.
    Le Pilote ne se retourna pas pour la regarder. Elle était toujours immobile à l’arrière, se tenant aux haubans et continuant à contempler le rocher noir qu’ils laissaient dans leur sillage. Le Pilote resta un moment sans répondre. Coy ne sut pas s’il réfléchissait à sa question ou s’il retardait volontairement la réponse.
    – Je suppose, dit enfin le Pilote, que tu sais ce que tu fais.
    Coy fit une grimace dans l’ombre.
    – Je ne parlais pas de moi, Pilote. Je te parlais d’elle.
    – C’est le genre de femme qui ferait mieux de rester à terre.
    Coy fut sur le point d’énoncer l’évidence : elle n’était pas restée à terre. Il aurait pu ajouter : c’est le genre de femme dont tous les marins parlent ou que tous les marins inventent devant leurs camarades, au carré, ou sur les gaillards d’avant de jadis. Celle qu’ils ont tous connue, ou que nous avons connue, dans tel ou tel port. Il était sur le point de le dire, mais il ne le dit pas. Au lieu de cela, il contempla le ciel noir au-dessus du balancement du mât. La plupart des étoiles devaient être visibles, mais le rayonnement de la côte les voilait.
    […]
    – Tu es un homme de peu de foi, Pilote. Comme tes collègues du lac de Tibériade. Jusqu’à ce que l’autre se mette à marcher sur les eaux, ils ne l’ont pas pris au sérieux.
    – Je ne t’imagine pas marchant sur les eaux.
    – Non. Je suppose que non. Et elle non plus je ne l’imagine pas.
    Ils se retournèrent tous les deux pour l’observer, toujours immobile sur le pont arrière, se découpant dans la clarté venant de terre.
    […]
    – J’ai connu des femmes comme ça… ajouta-t-il. Hum ! J’en ai connu quelques-unes.
    – Une femme comme ça… Qu’est-ce que cela veut dire, comme ça ?… Tu ne sais rien d’elle, Pilote. Moi-même, il y a beaucoup de choses que je ne sais pas.
    L’autre ne répondit pas. Il avait lâché la barre et vérifiait le comportement du pilote automatique. Sous leurs pieds, ils entendaient le bruit du système de transmission qui corrigeait le cap degré par degré dans la houle.
    – Elle est mauvaise, Pilote. Vraiment mauvaise.
    Le patron du Carpanta haussa les épaules et s’assit sur le banc de teck pour fumer à l’abri de la brise qui continuait de fraîchir à l’avant. Il s’était tourné vers la forme immobile à l’arrière.
    – Ça n’empêche pas qu’elle a froid, avec juste ce jersey.
    – Elle se couvrira.
    Le Pilote resta un moment à fumer en silence. Coy était toujours debout contre l’habitacle, les jambes un peu écartées et les mains dans les poches. La rosée de la nuit commençait à mouiller le pont, s’infiltrait par les coutures défaites du dos de sa vareuse dont il avait remonté le col et les revers. Malgré tout, il prenait plaisir au balancement familier du voilier, et il regrettait seulement qu’ils soient obligés de naviguer vent debout, ce qui les empêchait de hisser les voiles. Cela aurait atténué le balancement et éliminé le ronronnement désagréable du moteur.
    – Il n’y a pas de femmes mauvaises, dit soudain le Pilote. De même qu’il n’y a pas de mauvais bateaux… Ce sont les hommes embarqués à bord qui les rendent mauvais, d’une manière ou d’une autre.
    Coy ne dit rien, et le Pilote resta muet un moment. Un feu vert glissait rapidement entre eux et la terre, en s’approchant par le travers de bâbord.
    […]
    – Qu’est-ce que tu cherches, chez elle ?
    – Je veux compter ses tâches de rousseur, Pilote. Tu as vu ?… Elle en a des milliers, et je veux les compter toutes, une à une, en les parcourant du doigt comme s’il s’agissait d’une carte marine. Je veux tracer sur elle des routes de bout en bout, jeter l’ancre dans ses anses, brasser sa peau… Tu comprends ?
    – Je comprends surtout que tu veux coucher avec elle.
    […]
    – Ce n’est pas ça, Pilote. – Coy continuait à regarder Tanger à l’arrière, éclairée maintenant par le projecteur des douaniers. – Je veux dire, ce n’est pas seulement ça.
    – Bien sûr que si. Et tant que tu n’auras pas couché avec elle, tu n’auras pas la dunette claire. A supposer que tu l’aies jamais eue.
    – Cette fille en a dans le pantalon. Je te jure.
    – Elles en ont toutes. Je sais de quoi je parle. Quand j’ai un problème de santé, c’est ma femme qui m’emmène à la consultation : Assieds-toi là, Pedro, le docteur va venir… Tu la connais. Et elle, elle pourrait être en train de crever qu’elle ne piperait pas mot.
    – Ce n’est pas seulement ça. J’ai vu une vieille photo, tu sais… Et une coupe en argent bosselée. Et aussi un chien qui me léchait la main et qui est mort maintenant.
    Le Pilota ôta son mégot de sa bouche et fit claquer sa langue.
    – Ici, tout ce qui ne peut être noté sur un livre de bord est de trop… dit-il. Le reste, il faut le laisser à terre. Sinon, c’est comme ça que les bateaux et les hommes se perdent.
    […]
    Le bateau fit une embardée, et Tanger apparut dans le cockpit. Elle se déplaçait avec une gaucherie de néophyte dans le balancement de la houle, en essayant de se cramponner prudemment avant chaque pas pour garder l’équilibre. En arrivant près d’eux, elle posa sa main sur l’épaule de Coy, et celui-ci se demanda si elle avait le mal de mer. Cette idée perverse l’amusa beaucoup.
    – J’ai froid, dit-elle.
    – Il y a une veste en bas, proposa le Pilote. Vous pouvez la mettre.
    – Merci.
    Ils la virent disparaître par le capot. Le Pilote continua de fumer un moment. Il regardait Coy sans dire un mot, puis il finit par parler comme s’il renouait le fil d’une conversation interrompue :
    – Tu as toujours lu trop de livres… Ça ne pouvait rien donner de bon.

    Arturo Pérez-Reverte ; Le cimetière des bateaux sans nom.

  4. ouplala dit :

    Merci beaucoup le druide pour ce passage qui , avec le titre, me donne vraiment envie de lire le bouquin!
    ça me rappelle un post que j’ai mis sur Cercas, même si ça n’a rien ou peu à voir, tu aimerais peut-être alors…

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