…comme un qui n’a fait que danser…

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

 
 
 

comme il a vite entre les doigts passé

le sable de jeunesse

je suis comme un qui n’a fait que danser

surpris que le jour naisse

j’ai gaspillé je ne sais trop comment la saison de ma force

la vie est là qui trouve un autre amant

et d’avec moi divorce

rien n’est plus amer à qui t’en prends-tu

plus commun plus facile

que perdre son temps et le temps est perdu

pourquoi t’en souvient-il

le hasard fait que j’y pense parfois

et toujours je m’étonne

ainsi je fus ainsi j’ai vécu moi

ce printemps monotone

on n’en peut compter rien d’intéressant

malgré ses airs baroques

et je n’ai jamais été qu’un passant

embourbé dans l’époque

de loin tout ça paraît aventureux

saoulant blasphématoire

les nouveaux venus en parlent entre eux

on en fait des histoires

vous du moins dit-on vous aurez bien ri

entre les draps du drame

sûr cela valait d’y mettre le prix

fût-ce le corps et l’âme

vous aurez été libres de rêver

libres comme l’injure

mais vous regardez nos pieds entravés

avoir raison c’est dur

ils rêvent pourtant ces fils d’aujourd’hui

où toute chose est claire

et s’ils ont regret c’est de notre nuit

et de notre colère

ah le beau plaisir que lire aux bougies

des choses éternelles

ils voudraient troquer l’idéologie

pour l’irrationnel

ne voyez-vous pas malheureux enfants

que tout ce que nous fûmes

se dresse devant vous et vous défend

le seuil mauvais des brumes

ce que nous étions nous l’avons payé

plus qu’on ne l’imagine

et regardez ceux qui s’en vont foudroyés

sans coeur dans la poitrine

mais qu’espéraient-ils et que ne vient pas

quels astres quelles fêtes

de qui croyez-vous ces traces de pas

des hommes ou des bêtes

ils s’imaginaient d’autres horizons

d’autres airs de musique

et vous vous plaigniez vous d’avoir raison

sur leur métaphysique

moi j’ai tout donné que vous sachiez mieux

la route qu’il faut prendre

voilà que vous faîtes la moue aux cieux

et vous couvrez de cendres

moi j’ai tout donné mes illusions

et ma vie et mes hontes

pour vous épargnez la dérision

de n’être au bout du compte

que ce qu’à la fin nous aurons été

à chérir notre mal

le papier jauni des lettres jetées

au grenier dans la malle

 

 
 
 

Aragon, Le roman inachevé
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8 commentaires pour …comme un qui n’a fait que danser…

  1. Pr Billaudov dit :

    Chanmé chanmé ce poème ! Très bon choix, une fois de plus, Pr !!! Et nice cette petite soirée du demi iep crew…on se capte bientôt – Biz biz

  2. ouplala dit :

    yes my dear, Aragon, tu peux pas test! pour la peine, je lui ai mis la mise en page qu’il mérite.

  3. Kohn dit :

    der poema von louis is one of the best moment of my life. Tout y est la vie, la porte, le politique et la lucidité. Bravo pour le choix. Ein bereira (c’est de l’ivrit) : il y avait pas d’autre choix en magazin mais celui-là compliment

  4. ouplala dit :

    Kohn, I know, la date de publication était d’ailleurs un clin d’oeil à ton adresse mais je doute que tu l’aies remarqué!

  5. john Kanercukier dit :

    TAIERE LN
    Ich hobe nit keimol gelesen à si jouli poaiem qué svila. Compliment àcui la qui tla montré.

  6. Kohn dit :

    Je viens de le relire. Je n’avais effectivement pas remarqué la date d’inscription sur le site : ce soir là, ma préoccupation relevait du même sentiment que celui si magnifiquement exprimé par Loulou : « comme il a vite entre les doigts passé le sable de jeunesse, etc.etc. Cela dit mais si le drame se dit et se vit avec un « a » qui n’en finit pas de résonner, le drame ne prends pas de chapeau sur le A. , cela fait guignol. En plus, il y a un vers qui boite  » et regardez ceux qui s’en vont foudroyez…  » à vérifier, sinon le pauvre Loulou ne s’en remettra pas. Moi si.

  7. ouplala dit :

    Kohn,
    Je corrige enfin ces vers que j’avais fait boiter…mais je reste dans le doute. La toile n’arrive pas à s’accorder… « ceux qui vous ont foudroyés », « ceux qui s’en vont foudroyés », « ceux qui vont foudroyés »…on ne sait plus à quelle foudre se vouer et encore moins s’ils vont ou s’en vont (et pour aller où?) …et moi je ne retrouve plus le roman inachevé dans ma bibliothèque… peut-être auras tu un indice? à moins que tu aies toi même fait boiter ce vers en lui rajoutant un « z » à la fin? serait-ce à cause de l’éclair?

  8. Ping : …ten favorite books… | …après le bruit…

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