…l’oubli que nous serons…

L’oubli que nous serons / un roman magnifique / sur la famille et la violence politique en Colombie / la disparition des gens qu’on aime et, finalement, notre propre mort / comme le dit Mario Vegas Llosa dans la préface, « un livre déchirant mais pas terrifiant » sur « les petites choses de la vie ». /

L’oubli

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Nous sommes tous condamnés à la poussière et à l’oubli, et les personnes que j’ai évoquées dans ce livre ou bien sont mortes, ou sont sur le point de mourir, ou mourront – je veux dire que nous mourrons – au bout de quelques années qui ne peuvent se compter en siècles mais en décennies (…). Nous survivons encore durant quelques fragiles années, après la mort, dans la mémoire des autres, mais aussi cette mémoire personnelle, avec chaque instant qui passe, est toujours plus près de disparaitre. Les livres sont un simulacre de souvenir, une prothèse pour se rappeler, une tentative désespérée de rendre un peu plus durable ce qui est irrémédiablement limité. Toutes ces personnes avec lesquelles s’est tissée la trame la plus intime de ma mémoire, toutes ces présences qui furent mon enfance et ma jeunesse, ou bien ont déjà disparu et ne sont que fantômes, ou bien est-ce nous qui allons disparaître et sommes des projets de spectres qui se meuvent encore dans ce monde. Bientôt toutes ces personnes en chair et en os, tous ces amis et parents que j’aime tant, tous ces ennemis qui me haïssent cordialement, ne seront pas plus réels que n’importe quel personnage de fiction, et auront cette même consistance fantomatique d’évocations et de spectres, et cela dans le meilleurs des cas, car de la plupart d’entre eux il ne restera qu’une poignée de poussière et une épitaphe dont les lettres iront s’effaçant au cimetière. Vu en perspective, comme le temps du souvenir vécu est si court, si nous en jugeons sagement, « nous voilà devenus l’oubli que nous serons », comme disait Borges. Pour lui cet oubli et cette poussière élémentaire que nous deviendrons étaient une consolation « sous l’azur indifférent du Ciel ». Si le ciel, comme il me semble, est indifférent à toutes nos joies et à tous nos malheurs, si l’univers se moque bien qu’il y ait des hommes ou pas, réintégrer le néant d’où nous venons est, assurément, le pire malheur, mais en même temps aussi le plus grand soulagement et l’unique repos, car nous ne souffrirons plus de la tragédie qui est la conscience de la douleur et de la mort des personnes que nous aimons. »

(c) Donaldo Zuluaga

Héctor Abad / L’oubli que nous serons

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